Le 8 mars, la journée de défense de nos droits.
Hier, on célébrait la Journée internationale des droits des femmes – et non la « journée de la femme ». Le saviez-vous ? Faisons le point sur cette journée emblématique – et sur la situation actuelle de l’entrepreneuriat féminin.

Une journée détournée
Depuis des décennies, chacune de nos célébrations est détournée à des fins commerciales, que ce soit Noël, Pâques ou la fête des mères. Mais pour la journée du 8 mars, la pilule a du mal à passer.
Et pour cause : la journée internationale de défense des droits des femmes n’a rien à voir avec « la journée de la femme »:
- La première célèbre la défense de nos droits à travers le monde. Un sujet délicat toujours d’actualité, les femmes payant encore durement leurs revendications dans certains pays ;
- La seconde formule est une journée commerciale axée sur des produits « féminins ». Électro-ménager, cosmétiques et autres soins sont proposés à prix cassés… Une réelle aubaine pour le marketing !
De cette confusion naît un paradoxe : pour célébrer nos droits, on nous incite à faire des achats. L’amélioration de notre condition est devenue une journée d’emplettes féminine. À l’opposé des valeurs et des engagements féministes du 8 mars.
Alors, bien sûr, chacune a le droit de faire ses emplettes quand elle le souhaite. Mais, à défaut de résister aux pulsions d’achats, souvenons-nous du sens de cette date. Car elle rend hommage à celles qui se battent depuis toujours pour que notre condition soit meilleure que la leur.
Les origines
J’avoue, je suis (presque) tombée dans le panneau : j’ai failli écrire « Le 8 mars, journée de la femme ». Mais en cherchant à me documenter sur le sujet, j’ai réalisé qu’un rappel historique serait le bienvenu. Ainsi qu’une prise de conscience sur le détournement commercial dont elle fait l’objet.
Dès 1910, de nombreuses ouvrières revendiquèrent le droit de vote et de meilleures conditions de travail. Aux États-Unis, en Europe et en Russie, elles se révoltèrent en masse à travers des grèves et manifestations.
En 1977, les Nations Unies officialisèrent le 8 mars comme date symbolique de la lutte pour l’égalité des droits hommes-femmes.
Elle sera d’ailleurs suivie, vingt-deux ans plus tard, par une autre date emblématique contre les violences faites aux femmes.*

Cependant, les inégalités de genres sont toujours d’actualité. Cette journée nous rappelle que la lutte n’est pas terminée et que chacun·e peut – doit – soutenir cette cause. Parce-que, pour les entrepreneuses françaises, la partie est loin d’être gagnée.
Les chiffres 2025
Selon le baromètre 2025 d’Infogreffe, l’entrepreneuriat féminin représente 28 % de la chaîne entrepreneuriale (créatrices, repreneuses et dirigeantes comprises).
31,1 % des créations d’entreprises sont portées par des femmes (soit 12,7 % de plus qu’en 2024). Les montages juridiques sont plus structurés, avec 36,0 % d’entreprises individuelles, 36,5 % de SCI et 23,7 % de SAS. Enfin, 27,7 % sont dirigeantes de SARL.
Les femmes sont exposées aux mêmes risques économiques que les hommes (27,1 % des sociétés radiées). L’entrepreneuriat féminin ne représente pas une vulnérabilité spécifique puisqu’il évolue dans les mêmes cycles que l’économie française dans son ensemble.
Enfin, la trajectoire de pérennité comprend un taux de maintien d’activité à 3 ans de 70 % chez les femmes, contre 60 % pour les hommes.
Persistance des inégalités et charge mentale
En dépit de ces indicateurs en hausse, l’entrepreneuriat féminin reste loin de la parité. Difficultés d’accès aux financements, aux ressources, aux cercles d’investisseurs et aux interactions en salons professionnels demeurent.
Du côté économique, environ 26 % des nouvelles structures féminines restent sous 15 000 € de chiffre d’affaires au bout de trois ans.
Ajoutons à cela un sexisme persistant, un fort sentiment d’isolement, une fatigue accrue et la complexité à concilier entrepreneuriat et maternité.
En outre, le baromètre des Créatrices d’Avenir 2025 indique que le syndrome de l’imposteur touche encore 93 % des entrepreneures…

… c’est-à-dire la grande majorité d’entre nous.
Tips et solutions
Binta Gamassa est la co-fondatrice de Lokimo, une startup spécialiste de l’analyse de données immobilières. Dans une tribune, elle décrit les leviers d’action à mettre en place afin d’éviter les impasses :
- S’appuyer sur des mentors et des experts (+20 % de probabilité de succès) ;
- Mener une veille active et se former en permanence ;
- Adopter une approche agile et itérer rapidement avec prospects et clients ⇾ isoler ce qui crée de la valeur (+75 % de survie à cinq ans pour l’entreprise) ;
- Ne pas se laisser impressionner lors de discussions professionnelles ⇾ recentrer la discussion sur la valeur du produit, la proposition de marché et les jalons business ;
- Valoriser les relations humaines authentiques ⇾ soigner l’expérience relationnelle et le réseau.
Bien s’entourer, continuer à apprendre, ajuster rapidement ses produits et services et rester focus sur son offre. Même en cas de tentative de déstabilisation. Et, surtout, rester vraie dans ses échanges. De précieux conseils à mettre en pratique à la première occasion. Promis, on s’y met !
Conclusion
En 2025, l’entrepreneuriat féminin en France est un véritable indicateur de compétitivité, de justice économique et de transformation sociale.
Comme le souligne Paul LACOMBE dans son analyse de novembre 2025 : « Chaque femme qui entreprend élargit le marché des possibles et pose les fondations d’une croissance plus inclusive, durable et compétitive. ».
L’avenir entrepreneurial féminin est bel et bien entre nos mains. Mais tant que les droits des femmes sont bafoués et que les inégalités persistent, on a encore du pain sur la planche…
*La Journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes. Instaurée par les Nations Unies en 1999, elle a lieu chaque 25 novembre dans de nombreux pays.